
Vienne incarne l’élégance baroque et l’effervescence artistique du tournant du XXᵉ siècle. Le Palais du Belvédère apparaît comme l’un des lieux les plus emblématiques pour qui souhaite en savoir plus sur la Sécession viennoise et l’héritage de Gustav Klimt. Ce palais baroque, perché sur une colline domine la ville et abrite la plus vaste collection de tableaux de Klimt. Pour les passionnés d’art désireux d’enrichir leur parcours culturel, découvrir d’autres grandes expositions comme celles présentées ici prolongera idéalement cette immersion dans l’art européen.
Gustav Klimt au Belvédère : la collection permanente du musée autrichien
Avec vingt-quatre tableaux et de nombreux dessins, le Belvédère abrite la plus vaste et la plus importante collection d’œuvres de Gustav Klimt. Le palais permet de suivre, salle après salle, l’évolution stylistique du peintre, de ses débuts jusqu’à sa célèbre « période dorée ». Les œuvres de Klimt côtoient celles de ses contemporains comme Egon Schiele, Oskar Kokoschka ou encore les représentants du Biedermeier. Vous verrez ainsi comment, en quelques décennies, la peinture autrichienne passe de scènes historiques sages à des compositions symbolistes, érotiques et psychologiques.
Le Baiser : l’œuvre iconique de la période dorée klimtienne
Présenté dans une salle conçue pour mettre en valeur son éclat, Le Baiser (1907‑1908) est l’un des tableaux les plus célèbres d’Autriche. Réalisée au sommet de la période dorée de Klimt, cette toile carrée d’environ 180 × 180 cm impressionne par son intensité à la fois intime et emblématique. De loin, la profusion d’or rappelle les mosaïques byzantines de Ravenne, que l’artiste avait admirées lors de ses voyages en Italie. En s’approchant, la surface révèle une composition d’une grande richesse, où chaque élément décoratif contribue à distinguer les deux figures et à souligner la relation qui les unit.
La scène paraît simple, un couple s’enlace sur un sol couvert de fleurs, devant un fond doré qui ne montre aucun décor. Pourtant, rien n’est laissé au hasard. Le visage penché de la femme, les yeux fermés, exprime à la fois la confiance et le bonheur. Le baiser semble suspendu dans un moment qui ne passe pas, comme si le temps s’était arrêté. L’absence de décor donne à l’image un aspect presque sacré.
Sur le plan technique, Klimt utilise de fines feuilles d’or superposées, parfois gravées, parfois lisses, ce qui crée des reflets différents selon l’endroit où l’on se place. Les décorations rappellent tour à tour des mosaïques, des tissus luxueux ou des bijoux. Malgré cette richesse, une légère tension apparaît, le tapis de fleurs évoque la vie et la croissance ; le bord abrupt du promontoire, à droite, laisse planer une petite inquiétude, comme si la scène se déroulait au bord du vide.
Les paysages du lac Attersee : l’impressionnisme autrichien de Klimt
Si Gustav Klimt est surtout associé à ses portraits féminins ornés d’or, ses paysages, en particulier ceux réalisés autour du lac Attersee, dans le Salzkammergut sont très présents dans ses œuvres à partir du début du XXᵉ siècle. Le Belvédère en conserve plusieurs exemples qui révèlent un Klimt plus contemplatif, attentif aux variations de lumière et aux structures naturelles. Le format presque carré, qu’il affectionne, lui permet de composer des vues de rives, de villages ou de jardins denses en végétation.
À première vue, les paysages de Klimt peuvent donner une impression d’abstraction. Les arbres se fragmentent en touches colorées serrées, les surfaces d’eau par des reflets fragmentés et l’horizon est souvent absent, ce qui renforce l’effet de surface continue. En observant plus attentivement, des éléments figuratifs apparaissent clairement, comme des façades, des troncs ou des chemins. Cette alternance entre des éléments décoratifs et des formes clairement identifiables reflète l’esprit de la Sécession viennoise, où la nature sert à la fois de source d’inspiration et de base ornementale.
En termes de style, ces paysages montrent un mélange entre l’influence de l’impressionnisme et le goût autrichien pour les surfaces richement travaillées. Alors que les impressionnistes français laissent souvent les formes se fondre les unes dans les autres, Klimt, lui, donne à ses compositions une structure plus dense et plus ordonnée.
Les portraits féminins de Klimt : les visages d’une élite viennoise
Les portraits de femmes sont parmi les œuvres les plus importantes de Klimt et montrent son lien fort avec la bourgeoisie cultivée de Vienne. Même si le célèbre Portrait d’Adele Bloch‑Bauer I se trouve aujourd’hui à New York, le Belvédère conserve d’autres portraits tout aussi prestigieux. Beaucoup de ces modèles venaient de familles juives influentes, qui voyaient en Klimt l’artiste idéal pour incarner leur modernité et leur statut social.
Dans ces tableaux, Klimt ne cherche pas seulement à reproduire les traits des femmes. Leurs visages sont peints avec finesse, les vêtements et les fonds deviennent de grandes surfaces décoratives, riches en couleurs et en détails. Les influences sont variées : l’Orient, Byzance ou l’Art nouveau. Ces portraits sont aussi des témoignages de la vie viennoise vers 1900. Les coiffures, les bijoux, les tissus et les intérieurs reflètent le goût d’une élite qui soutient les artistes modernes et fréquente les milieux intellectuels.
Judith et Holopherne : le symbolisme et l’érotisme dans la peinture de la fin-de-siècle viennoise
Avec Judith I (1901), Klimt revisite un thème biblique souvent représenté à la Renaissance. Judith, héroïne juive, décapite le général assyrien Holopherne pour sauver son peuple. Contrairement aux versions classiques, qui insistent sur le geste héroïque et la tête tranchée, Klimt recentre totalement la composition sur le buste de Judith. Sa tête à lui n’apparaît qu’à demi, dans l’ombre, en bas à droite, presque hors champ.
Judith, quant à elle, domine la toile avec un visage à la fois exalté et ambigu. Son regard mi-clos, ses lèvres entrouvertes et son cou offert évoquent davantage l’abandon amoureux que l’acte guerrier. Klimt mêle ici l’érotisme et la violence avec une audace qui scandalisa le public viennois du début du XXe siècle. La somptueuse collerette dorée, le fond orné et la transparence du vêtement font de Judith une femme fatale, qui incarne un désir à la fois attirant et inquiétant.
La Sécession viennoise : le contexte artistique et le mouvement Jugendstil à Vienne
Fondé en 1897, le mouvement de la Sécession viennoise réunit des artistes désireux de rompre avec le conservatisme de l’ancienne Maison des artistes, jugée trop académique. Influencée par le Jugendstil allemand et l’Art nouveau français et belge, la Sécession prône une fusion des arts : peinture, architecture, mobilier, typographie, affiches et arts décoratifs doivent s’harmoniser dans une œuvre d’art totale. Klimt en est la figure la plus en vue, entouré d’architectes comme Otto Wagner ou Joseph Maria Olbrich, de designers comme Koloman Moser et de créateurs de mobilier comme Josef Hoffmann.
Le bâtiment de la sécession et la frise Beethoven de Klimt
Après votre visite du Belvédère, il vaut la peine de faire un arrêt au pavillon de la Sécession, situé sur la Friedrichstrasse. Ce bâtiment, conçu en 1897 par Joseph Maria Olbrich, est facilement reconnaissable grâce à sa grande coupole dorée en forme de feuilles de laurier, souvent surnommée la « choucroute dorée ». Elle symbolise la victoire et le renouveau.
À l’intérieur, une salle entière est dédiée à la célèbre Frise Beethoven de Gustav Klimt, réalisée en 1902 pour rendre hommage au compositeur. Cette œuvre, longue de plus de 30 mètres, raconte de manière symbolique le combat de l’humanité pour atteindre le bonheur, guidée par la musique de Beethoven. Des monstres, des femmes nues, des chevaliers y sont présents ainsi que des figures ailées et une scène finale d’étreinte. Le doré, les motifs décoratifs et les lignes stylisées y occupent une place importante.
Egon Schiele et Oskar Kokoschka : l’expressionnisme autrichien au belvédère
Le Belvédère expose aussi un très bel ensemble de peintures expressionnistes autrichiennes, notamment celles d’Egon Schiele et d’Oskar Kokoschka. Schiele, qui fut proche de Klimt pendant un temps, pousse beaucoup plus loin la déformation du corps humain. Il renforce les lignes cassées, il utilise des couleurs très vives et il laisse souvent les fonds bruts. Ses autoportraits tordus, ses nus féminins tendus et ses paysages vides expriment une forte tension intérieure, presque annonciatrice des drames du XXᵉ siècle.
Kokoschka, lui, peint avec une touche plus vibrante et agitée. Les contours de ses figures semblent parfois se dissoudre dans une peinture épaisse et nerveuse. Ses portraits, que l’on peut voir dans les mêmes salles que ceux de Klimt, montrent des visages tourmentés, modelés par la lumière et la couleur.
La revue Ver Sacrum et les arts décoratifs
La Sécession viennoise s’exprime aussi dans les arts décoratifs, la typographie et le design. La revue Ver Sacrum (« Printemps sacré »), publiée entre 1898 et 1903, en est un bon exemple. Les artistes y testent de nouvelles mises en page, inventent des alphabets stylisés et créent des motifs géométriques qui influenceront durablement le graphisme européen. Au Belvédère, plusieurs affiches, dessins et objets décoratifs permettent de découvrir cette esthétique globale.
La même volonté de synthèse traverse les tableaux de Klimt ; la ligne courbe répond au rectangle, les fleurs stylisées se mêlent aux formes abstraites et la palette réduite renforce la force visuelle de l’ensemble. Le mobilier, les vases, les bijoux ou les textiles sont conçus comme des prolongements naturels de l’architecture, dans l’esprit de l’œuvre d’art totale.
Un parcours thématique : du Moyen Age au Biedermeier dans les collections du belvédère
Si le Belvédère est mondialement connu pour Klimt, ses collections couvrent en réalité plusieurs siècles d’art autrichien, du Moyen Âge au Biedermeier, puis jusqu’à l’art contemporain. Le parcours du Belvédère Supérieur suit généralement une chronologie, qui permet de replacer la modernité de la Sécession dans une histoire plus longue. Avant d’atteindre les salles de Klimt, vous croiserez ainsi des retables gothiques, des portraits baroques et des scènes de genre du XVIIIe siècle.
La période du Biedermeier (1815‑1848), souvent méconnue du public francophone, réserve d’agréables surprises. Après les guerres napoléoniennes, la bourgeoisie autrichienne développe un goût pour les intérieurs intimes, les portraits familiaux et les paysages paisibles. Les artistes adoptent des couleurs claires et une attention aux détails du quotidien. Ce « bonheur domestique » contraste avec les tensions qui traversent la Vienne de 1900 et il éclaire en partie la réaction des artistes de la Sécession, décidés à rompre avec un idéal jugé trop sage.
En parcourant ce chemin du Moyen Âge au Biedermeier, puis de la Sécession à l’expressionnisme, vous percevrez mieux les continuités et ruptures de l’art autrichien. Pourquoi ne pas envisager votre visite comme un voyage dans le temps, où chaque salle serait une halte dans une époque différente de l’époque des Habsbourg ?
Les informations pratiques
Le Palais du Belvédère se compose de trois sites principaux : le Belvédère Supérieur, le Belvédère Inférieur et le Belvédère 21 (dédié à l’art contemporain). Pour une première visite centrée sur Klimt et la Sécession, le Belvédère Supérieur est recommandé, complété par une promenade dans les jardins baroques. Le Belvédère Inférieur accueille régulièrement des expositions temporaires, notamment autour de Gustav Klimt et de ses contemporains.
Les horaires et la billetterie
Les horaires peuvent légèrement varier selon les saisons, mais, en règle générale, le Belvédère Supérieur ouvre de 9 h à 1 h du matin, le Belvédère Inférieur est accessible de 10 h à 18 h. La dernière entrée se fait environ 30 minutes avant la fermeture. La réservation en ligne est recommandée, elle permet de choisir un créneau horaire et de gagner du temps à l’entrée.
Plusieurs formules de billets existent : entrée simple pour le Belvédère Supérieur, billets combinés Supérieur + Inférieur, voire pass incluant le Belvédère 21. Si vous prévoyez de visiter plusieurs musées viennois, comparez ces options avec les city pass comme le Vienna Pass, qui comprennent parfois l’entrée au Belvédère et à d’autres sites de la ville.
Les tarifs réduits et la Wien card
Les tarifs du Belvédère varient légèrement selon les expositions temporaires, mais ils sont globalement stables. Il faut compter 19,50 € pour une entrée au Belvédère Supérieur, où sont présentées les principales œuvres de Klimt, et environ 30 € pour un billet combiné donnant accès au Belvédère Supérieur et au Belvédère Inférieur. Pour une découverte complète incluant également le Belvédère 21, un billet 3‑en‑1 est proposé à 32 €. Des réductions sont disponibles pour les étudiants, les seniors, les groupes et certaines catégories professionnelles. Les enfants bénéficient souvent d’une entrée gratuite ou d’un tarif réduit.
La Vienna City Card (Wien Karte) peut être un bon investissement si vous séjournez plusieurs jours à Vienne. Elle permet d’obtenir des réductions dans de nombreux musées, dont le Belvédère, ainsi que l’accès illimité aux transports en commun pendant 24, 48 ou 72 heures. La carte devient rapidement rentable si vous prévoyez de visiter plusieurs grands sites culturels.
L’itinéraire depuis le centre historique
Situé dans le 3ᵉ arrondissement, le Belvédère se trouve à une vingtaine de minutes à pied du centre historique, mais les transports en commun permettent d’y accéder facilement. Le tramway D s’arrête à Schloss Belvedere, à quelques minutes de marche de l’entrée du Belvédère Supérieur. C’est un choix pratique pour ceux qui viennent du Ring ou des environs de l’Opéra.
Une autre possibilité consiste à prendre la ligne de métro U1 jusqu’à Südtiroler Platz/Hauptbahnhof, puis à marcher environ quinze minutes en direction du palais. Cet itinéraire convient aux voyageurs logés près d’une station de la U1 ou arrivant de la gare centrale. Plusieurs lignes de bus et de tram, dont la 18, desservent également le secteur, ce qui permet d’adapter le déplacement selon son point de départ.
Pour ceux qui apprécient la marche, un parcours plaisant consiste à quitter le centre par le Stadtpark, à longer ensuite le Rennweg vers le Belvédère Inférieur, puis à traverser les jardins jusqu’au Belvédère Supérieur.
Les visites guidées spécialisées Klimt
Le musée du Belvédère organise régulièrement des visites guidées en allemand et en anglais, consacrées soit à la collection permanente, soit aux expositions temporaires. Certaines séances portent entièrement sur Klimt, sa période dorée ou son lien avec la Sécession viennoise.
Pour une visite plus libre, des audioguides multilingues sont proposés à l’entrée. Ils diffusent des commentaires détaillés sur les œuvres principales, comme Le Baiser, Judith I ou les paysages de l’Attersee.
Des visites privées existent également, assurées par des guides-conférenciers indépendants ou des agences spécialisées. Elles permettent de construire un parcours personnalisé, centré par exemple sur « Klimt et les femmes », « Klimt et la Sécession » ou « Klimt, Schiele, Kokoschka ». Ce format convient aux petits groupes passionnés d’art ou à ceux qui préparent un séjour consacré à Vienne 1900.
Le circuit culturel viennois
Associer la visite du Palais du Belvédère à un parcours incluant le Leopold Museum et le Kunsthistorisches Museum permet d’obtenir une vision complète et cohérente de l’art autrichien et européen.
Le Belvédère retrace l’évolution artistique en Autriche, depuis le Moyen Âge jusqu’à l’expressionnisme, avec comme point d’orgue Gustav Klimt et la Sécession viennoise. Le Leopold Museum, au centre du MuseumsQuartier, met en lumière la modernité viennoise. Il renferme la plus importante collection d’œuvres d’Egon Schiele et expose également de nombreux tableaux de Klimt et d’artistes du Jugendstil. Le Kunsthistorisches Museum, situé sur Maria‑Theresien‑Platz, réunit quant à lui un panorama prestigieux des collections impériales des Habsbourg : les maîtres anciens (Bruegel, Titien, Velázquez), des antiquités égyptiennes et grecques, des objets d’art et de numismatique.
En combinant ces trois musées, le parcours suit une progression cohérente ; du faste impérial et des maîtres anciens au Kunsthistorisches, à la modernité tourmentée de Schiele au Leopold, puis à la transition lumineuse et décorative de Klimt au Belvédère. En une ou deux journées bien organisées, ce circuit permet de parcourir plusieurs siècles d’histoire de l’art et met en lumière les continuités comme les ruptures qui ont façonné la création en Autriche.